mardi 22 février 2011

XVe


Michel Cabrel, ex-militaire commando reconverti dans la police nationale, broie du noir devant son café au lait (que l'on peut plutôt qualifier d'eau chaude avec un subtil arrière-goût de café). Voici quelques jours déjà qu'il a accepté sa mutation dans un commissariat du XVe arrondissement parisien.
Ses collègues sont agréables, le poste de police plutôt moderne et orienté plein sud. Michel a toujours aimé Paris: ses grands boulevards aérés et bordés d'arbres qui s'imposent au milieu d'un myriade de petites rues calmes au charme bourgeois. Mais, malheureusement, il est dans le XVe.
Notre protecteur de la loi déambule lentement dans les rues lors de ses rondes mais cela ne l'empêche pas d'être tout le temps bloqué par des petits vieux. En fait, cet arrondissement est un nid à vieux. Tout comme les oiseaux se cachent pour mourir, les vieux, quand ils ne sont pas en Bretagne ou sur la côte d'azur, se regroupent dans ce quartier parisien. Une véritable invasion!
En plus, ils ne font pas travailler Michel: pas un se fait voler son sac, pas un se fait agresser par des jeunes à capuches et aucun ne s'étale dans le caniveau. Ils ne lui donnent pas le moindre boulot, même de proximité.
Par contre il se fait insulter.
Les vieux riches grognent tout le temps, surtout contre les fonctionnaires. L'hiver il fait trop froid, l'été il fait trop chaud, il n'y a plus de saison ma bonne dame. Au moins, ce quartier est une valeur sûre pour les infirmiers, les pompiers et les pompes funèbres se dit Michel.
Le pire vient après 21h quand Michel travaille de nuit. Plus de tabac ouvert, les bars ouverts se comptent sur les doigts d'un manchot (sur les doigts d'une main durant la journée) et trouver une épicerie pour acheter de l'alcool (ou de la nourriture, d'ailleurs) s'apparente à trouver des défauts à Natalie Portman.
Michel n'est plus tout jeune mais il n'est pas non plus grabataire. Pour le moment, seuls une tuerie dans un cabinet d'architecte, un trafic de goblitos et une bande de jeunes qui picolent bruyamment dans un restau avant de voir un scooter brûler animent un peu ses journées.

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